L’anniversaire

Publié le par Kinopoivre

Réalisé par Diane Kurys

Sorti en France le 21 septembre 2005

 

En 1981, Raphaël (Lambert Wilson), son frère Alberto (Jean-Hugues Anglade) et quelques copains idéalistes ont monté une de ces radios dites (à l’époque) « libres ». Puis Raphaël a découvert que Mitterrand s’apprêtait à autoriser la publicité sur la bande FM – déjà, le candidat qui lavait plus blanc favorisait ses copains discrets, tous milliardaires… Sans leur en parler, Raphaël a donc racheté à ses amis et à son frère, pour l’équivalent de deux cornets de frites, leurs parts de la station de radio, laquelle, dans les mois et les années suivants, a pris une plus-value gigantesque. Aujourd’hui, Raphaël, devenu un grossium, fait dans la télé-réalité, vient de conclure un accord avec un groupe hollandais (rien à voir avec Endemol, donc), et, sous prétexte de commissions à verser, a mis de côté, à gauche pourrait-on dire, la modique somme de vingt millions d’euros, que le fisc ne connaîtra pas. Premier point.

Second point, son frère Alberto, qui désormais le hait, vient d’écrire un livre saignant sur lui, ses relations et ses magouilles. Raphaël va-t-il faire jouer lesdites relations pour empêcher la publication ? Qu’allez-vous croire là, lecteur innocent comme l’agneau ? Au contraire, il la favorise secrètement ! Puis il invite le frère et les copains jadis roulés dans la farine à fêter avec lui son anniversaire dans sa somptueuse villa – sise évidemment à Marrakech, pas à Béthune. Il compte, au dessert, leur annoncer qu’il va leur donner, à chacun des cinq, quatre millions d’euros, les fameux vingt millions détournés, car le livre de son frangin l’a ému et lui a rappelé que ce qui compte, c’est l’amour. Sic. Je suis certain que, tout comme moi, vous adorez les récits édifiants, et quoi de plus édifiant qu’une conversion d’un ponte de la télé-poubelle ? Sûr que s’il voit le film, Bouygues va distribuer sa fortune à la Fondation Abbé Pierre.

On sent bien que la réalisatrice Diane Kurys ainsi que son scénariste entendent montrer que tout le monde est susceptible d’aller à la soupe, sur le thème toujours mitterrandien de l’argent qui corrompt tout (et il savait de quoi il parlait, le bougre, sans doute inspiré par le fameux Hôpital qui se fout de la Charité), puisqu’aucun des anciens gauchos ne refuse le cadeau ! L’ennui est que cet aspect, au demeurant pas très original, n’est pas du tout développé – dommage puisqu’on aurait pu rire un peu –, car on passe vite à autre chose ; et, sur ce canevas de la conversion, dont le réalisme ne peut échapper à personne, on greffe quelques histoires personnelles, notamment la plus émouvante, celle de ce beau jeune homme du service informatique, Jean-Louis (Philippe Bas), que l’adjoint de Raphaël rêve de mettre dans son lit et qui, à cette fin, l’a embarqué à Marrakech. Le garçon est du genre homophobe, mais, vu qu’il a, comme tout le monde dans ce milieu, une « idée d’émission » (re-sic), il est prêt au Grand Sacrifice, attendu que, d’une part, personne ne le saura à Paris, et que, d’autre part, ce n’est qu’un mauvais moment à passer. Je vous avais dit que c’était un épisode romantique.

Autre épisode, destiné à illustrer la dérive de cette télé que nous aimons tant, l’adjointe de Raphaël a truffé la villa de caméras, installé un studio secret, puis, sans l’aide d’aucun technicien, a enregistré tout ce qui s’est passé durant le week-end entier, à l’insu bien entendu du maître de maison – qui, probablement, n’avait jamais vu de caméra et ne pouvait donc s’apercevoir de rien. La perfide, qui avait, tiens-tiens, une « idée d’émission », voulait faire du document ainsi concocté un pilote, et le proposer à son patron évidemment ravi.

Après cela, trois fois hélas, Alberto se découvre un cancer du pancréas, et ses bons amis se demandent s’ils ne devraient pas, toujours mus par cet amour dont je parlais plus haut, l’euthanasier : à Paris, ce serait un peu délicat, mais à Marrakech, n’est-ce pas… Mais, quoique agonisant, Alberto va très bien, semble se rétablir, cas fréquent avec le cancer du pancréas, si bien que tout le monde est content et finit par danser au son d’un vieil enregistrement de leur première émission de radio.

En prime à ce scénario magnifique, totalement exempt de toute contradiction, d’invraisemblances et bien sûr de clichés, le dialogue est écrit avec beaucoup de délicatesse et sans aucun snobisme. Pour faire vrai, histoire de rappeler qu’on est dans le milieu de la télé, on cite des noms de personnages réels, mais, par prudence, rien que des morts : Mitterrand, Elkkabach… Ainsi, lorsque Alberto découvre que son frère possède un beau télescope et qu’il est passionné d’astronomie, il lui avoue qu’il ne comprend pas comment on peut encore voir une étoile des siècles après qu’elle se soit éteinte ; son frère lui fournit l’explication, et ajoute : « C’est Hubert Reeves qui me l’a dit ». En effet, il ne fallait pas moins qu’Hubert Reeves pour expliquer le prodigieux phénomène, qu’un gosse de CM1 comprendrait sans peine.

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