Vera Cruz

Publié le par Kinopoivre

Réalisé par Robert Aldrich

Sorti aux États-Unis le 25 décembre 1954

Sorti en France le 11 mai 1955

 

Ce film, entièrement tourné au Mexique, a pour cadre un point curieux de notre histoire, le soutien que notre Napoléon III avait accordé à Ferdinand Maximilian Joseph, prince impérial et archiduc d’Autriche, prince royal de Hongrie et de Bohême, qui s’était proclamé empereur... du Mexique en 1864 sous le nom de Maximilien Premier. Étrange cadeau de la part de not’ bon maître de l’époque, mais il faut comprendre, on n’avait encore ni centrale nucléaire ni TGV à proposer à ces étrangers qui n’étaient même pas français. Je vous dis tout de suite qu’il a perdu et que les républicains mexicains, en fin de compte, l’ont exécuté en 1867. Comme quoi, déjà à cette époque, notre politique étrangère allait de succès en triomphes.

Mais le film ne va pas aussi loin dans l’Histoire. Bien entendu, comme il fallait s’y attendre, les Mexicains firent la moue, voire davantage. En clair, ils organisèrent la Résistance, et donc, Maximilien dut songer à se défendre en armant, euh... son armée.

Le film met en scène deux héros, ou antihéros, si vous voulez, Benjamin Trane (Gary Cooper), ancien combattant sudiste de la Guerre de Sécession des États-Unis, et Joe Erin (Burt Lancaster), un voyou, voleur, un peu assassin, très porté sur les femmes, et sans aucune éducation, mais vu la personnalité de son interprète, il reste sympathique malgré tout, surtout lorsqu’il sourit – et quand Burt Lancaster souriait, souvenez-vous, il exhibait au moins soixante-quatre dents Ultra-Brite, à éclairer la Tour Eiffel tout entière, y compris par temps de brouillard, mais à Paris c’est rare.

Ces deux-là n’avaient vraiment rien pour s’entendre. D’abord, les caractères ne correspondent pas : Ben est honnête ! Outre cela, il a commencé par acheter à Joe un cheval dont celui-ci ne lui avait pas dit qu’il venait de le voler à un officier français de Maximilien. Résultat, ils sont hors-la-loi tous les deux. Malgré tout, ils arrivent à s’entendre, comme on s’entend toujours dans les films, entre hommes, après avoir échangé quelques coups de poing. Et comme ils sont tous deux habiles au fusil et au revolver, ils se voient bientôt courtisés à la fois par les Mexicains pauvres, conduits par Ramirez (Morris Ankrum), qui se dit général, et par les Français, dont le chef (dans le film) est le marquis Henri de Labordère (Cesar Romero), un proche de Maximilien, très friqué, lui. Ils choisissent le meilleur parti, celui de l’argent. Mercenaire, c’est l’avenir, et Ben aimerait bien reconstruire dans sa Louisiane natale sa propriété détruite par la guerre. Si bien que le marquis leur confie une mission : escorter vers le port de Vera Cruz la comtesse Marie Duvarre (Denise Darcel), qui semble très en cour. Elle voyagera dans une berline, avec une forte escorte, et un lourd chariot contenant sans doute des armes fera partie du convoi.

Cette mission apparaît comme louche à nos deux mercenaires : tant de précautions, tant d’hommes armés pour escorter une femme ! Ils ne tardent pas à découvrir que la berline dissimule en fait un trésor, trois millions de dollars en or, qui doivent servir à payer les renforts que Maximilien attend d’Europe. Ils décident de s’en emparer, et ne vous étonnez donc pas que l’honnête Ben envisage de voler cet argent, puisqu’il sera pris sur un envahisseur. Mais leur plan est découvert par la comtesse, qui s’avère être une aventurière, laquelle s’est insinuée dans les bonnes grâces du marquis uniquement, elle aussi, pour voler cet argent. Elle tente alors de convaincre Joe d’éliminer son copain Ben pour faire part à deux plutôt qu’à trois, et Joe feint d’accepter la combine... pour faire plutôt « part à un seul ».

Hélas, après quelques péripéties, dont le vol de l’or par le marquis (décidément, dans cette histoire, tout le monde vole tout le monde), Ben estime que cet argent appartient de droit aux Mexicains et décide de le leur donner après l’avoir récupéré, à l’issue d’un combat en compagnie des Mexicains – pauvres mais plus pour longtemps. Oui, mais Joe ne l’entend pas de cette oreille et, à peine l’or retrouvé, veut tuer son trop honnête copain. Mais on n’imagine pas que le Méchant tue le Bon, surtout si celui-ci est incarné par Gary Cooper.

Donc, à l’issue du duel final, c’est Joe qui est tué, et Ben se contentera d’une prime de cent mille dollars qu’il a réclamée aux Mexicains soutenus par lui, et de l’amour d’une jolie voleuse (Sarita Montiel) qui l’avait soulagé de son portefeuille et des douze dollars qu’il contenait. Tout ça est donc très moral.

Fin dans le style I am a poor lonesome cowboy, quoique pas si lonesome, en définitive.

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