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Nés en 68

Publié le par Kinopoivre

Réalisé par Olivier Ducastel et Jacques Martineau

Sorti en France le 21 mai 2008

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Attention, film politique ! Olivier Ducastel et Jacques Martineau, couple d’excellents cinéastes très à gauche, tirent à boulets rouges sur tous les régimes qui ont fait le bonheur et la renommée de la France depuis Mai 1968 (aucun personnage ne naît en 1968, contrairement à ce que sous-entend le titre).

Après le 31 mai, le discours de De Gaulle et la manif réac ayant remis le « vieux débris » en selle (l’expression est dite par Laetitia Casta, votre – très humble – serviteur n’oserait jamais), Catherine (Laetitia, donc), étudiante, abandonne ses études et part vivre à la manière hippie, dans une ferme proche de Figeac (Lot), avec ses deux amants Yves (Yannick Renier) et Hervé (Yann Trégouët), son frère Serge (Marc Citti) et quelques amis. Déjà, elle avait avorté – illégalement, la chère Simone Veil n’étant pas encore passée par là –, a même failli en mourir, mais un autre enfant naît l’année suivante, Ludmilla, dont on ne saura jamais qui est le père, et tout le monde s’en fout, car c’est l’époque de l’amour libre, du fromage du chèvre, des danses à poil dans les prés et des chansons bébêtes de Joan Baez. Mais la communauté se délite assez vite, par lassitude, ou parce que certains reconnaissent s’être trompés de vocation. Yves regrette Paris, le béton et les odeurs d’essence ; Hervé se trouve tenté par l’action violente et ira d’ailleurs en prison pour vingt ans ; Serge, qui a épousé Dalila, une fille de harki (Fejria Deliba), mourra d’un mystérieux accident. Seule Catherine s’accroche, avec son amie Caroline (Kate Moran), ses voisins campagnards, et ses deux enfants, puisque entre-temps Boris, fils d’Yves, est né.

Les années passent. Les enfants ont grandi, Ludmilla (Sabrina Seyvecou) ambitionne une carrière de chanteuse classique mais abandonne pour épouser un Iranien qui vit à Londres, Farivar (Slimane Yefsah), tandis que Boris (Théo Frilet) s’est découvert homosexuel : à 17 ans, il est l’amant du fils des voisins, Christophe (Édouard Collin), 19 ans. Hélas, le sida débarque, et les deux garçons chopent le virus. Tous deux vont militer à Act Up, mais Christophe meurt. Boris, qui grandit, suit une tri-thérapie, qui finit par faire reculer sa séropositivité, et il se propose de se pacser avec son nouvel amour, Vincent (Thibault Vinçon), mais ils y renoncent car cela ferait obstacle au désir qu’ils ont d’adopter un enfant.

Catherine, qui n’a jamais quitté sa ferme et jamais connu d’autre homme après le départ des siens, rencontre un type bien, Antoine (Alain Fromager), qui travaille pour une ONG en Afrique, mais elle contracte un cancer et le cache à ses enfants, qui ont des tas de problèmes (Ludmilla, mère de deux enfants, s’entend mal avec la famille iranienne de son mari et déserte le foyer conjugal londonien). Pour cacher la dégradation de son état physique, elle leur fait croire qu’elle quitte la France pour le Mali, et va mourir dans un hôpital.

Entre-temps, on a balayé quarante ans de l’histoire de France, De Gaulle, Pompidou, Giscard, la légalisation de l’avortement, Mitterrand, les espoirs qu’a suscités son élection, les déceptions et les rancœurs face à son indifférence devant le sida, le PACS et Christine Boutin, la fin du l’empire soviétique, Chirac et la dissolution, Le Pen au deuxième tour de l’élection présidentielle de 2002, et l’élection du Sarkozy hostile à Mai 68 en guise de cerise sur le gâteau.

Toutes ces histoires et quelques autres se résolvent dans les obsèques de Catherine et les espoirs annoncés par la nouvelle génération, Boris et Vincent, le fils à demi-arabe de Serge, prénommé Joseph (Osman Elkharraz), qui veut symboliquement se consacrer à l’agriculture, et Ludmilla qui s’est réconciliée avec son mari. Ce n’est pas une fin spectaculaire et anecdotique, puisque la vie va continuer : les sagas ont-elles une fin ? Cette question existentielle, vous devriez, lecteur, la graver en lettres d’or au-dessus de votre cheminée.

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