El camino de san Diego

Publié le par Kinopoivre

Réalisé par Carlos Sorín

Sorti en Argentine le 14 septembre 2006

Sorti en France le 13 juin 2007

 

Pour vous, lecteur puriste (il doit bien s’en trouver), c’est « san Diego » avec une minuscule, car il ne s’agit pas d’un patelin nommé San Diego, mais d’un saint ou considéré comme tel dans son pays, Diego Maradona, footballeur, vous aviez deviné.

Tati Benítez (Ignacio Benítez) est un jeune chômeur, fan absolu, comme ils disent sur France Inter, du joueur de baballe en question. Employé à un petit boulot, ramasser du bois dans la forêt pour un artisan qui fabrique des bibelots, il découvre une souche qui lui semble représenter le visage de Maradona. Aussitôt, il dégrossit un peu l’objet, puis décide d’apporter la statue ainsi obtenue à son idole, qui vient d’être hospitalisée à Buenos Ayres. Mais non, pas à la suite d’une overdose, qu’allez-vous imaginer ? Obstacle, Buenos Ayres est loin, et Tati est fauché, ce qui, s’il vivait à Paris, le contraindrait à faire ses courses dans les magasins du même nom (ça va, vous suivez ?).

À ce stade, lecteur à qui on ne la fait pas, vous vous dites à coup sûr qu’on s’apprête à vous balancer dans les rétines un de ces redoutables road movies, qui montrent récuremment un personnage allant d’un point à un autre, faisant des rencontres et connaissant des aventures diverses. Parfois, c’est un voyou, voire une voyouse, ou deux, qui fui(en)t la police ; parfois, c’est un fils qui veut retrouver son père, dont il vient d’apprendre l’existence, en vue de le serrer dans ses bras ou de l’étrangler (la première action étant un préliminaire pratique si elle débouche sur la seconde) ; parfois il s’agit d’aller se faire recevoir par un personnage célèbre, et il y eut, voici une cinquantaine d’années, les tribulations d’un gosse qui voulait rencontrer le pape Pie XII (il y parvenait, mais on ne voyait pas le pape), ou, plus tard, dans les années soixante, un autre gosse qui voulait renconter Brigitte Bardot (il y parvenait, et l’on voyait Bardot, plus accessible certainement que le pape).

Le principal intérêt de ce film-ci est dans la personnalité du jeune homme, qui a un visage d’ange et qui est la bonté et la naïveté incarnées ; aussi, dans le fait que le récit reste d’un optimisme inattendu et ne cherche pas à le ridiculiser. Contre toute attente – ainsi qu’on écrit sur les sites bien tenus comme le blog d’Alain Juppé –, à aucun moment, Tati ne se fait rembarrer ni arnaquer, et même les vigiles qui gardent la propriété où Maradona s’est réfugié à la sortie de la clinique ne sont ni des brutes ni des escrocs. Avouez que c’est une innovation ! La fin est donc logique, Tati parvient à leur remettre sa statue, ils la prennent et l’emportent gentiment dans la maison. On ne sait si Maradona l’a réceptionnée avant de s’envoler en hélicoptère vers une autre destination, mais ce n’est pas exclu. Et Tati est heureux ! Nous aussi. Cessez donc de ricaner.

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