Doute

Publié le par Kinopoivre

Réalisé par John Patrick Shanley

Sorti le 11 février 2009

New York, en 1964. La « sœur » Aloysius Beauvier (Meryl Streep, qui, diable ! ne s’habille plus en Prada, mais, merci mon Dieu, en religieuse) dirige le collège catholique mixte Saint-Nicolas, dans le Bronx. Elle est plutôt du style pincé, pas le genre à se marrer aux blagues de ces grands humoristes que sont Arthur et Jean-Marie Bigard. Il faut dire qu’elle est entrée en religion à la suite de la mort de son mari, tué en Italie. Le collège se trouve sur la paroisse dont le curé est le « père » Brendan Flynn (Philip Seymour Hoffman), un homme compatissant et bon, qui fait de bien beaux sermons. Dans ce collège, un seul élève noir, Donald Miller (Joseph Foster), 12 ans, enfant de chœur à l’église.

Mais voilà que la jeune « sœur » James (Amy Adams), elle aussi bonne et compatissante, s’est aperçu que Donald sentait l’alcool : ce sacripant a bu le vin de messe ! Toujours avec bonté autant que compassion, elle en parle à la directrice, qui, pour ce crime abominable, le renvoie de chez les enfants de chœur – mais pas du collège. Pour tout arranger, la même directrice a vu, de sa fenêtre, le père Flynn TOUCHER Donald Miller dans la cour (Ciel !), car il l’aime bien. Elle en conclut que le curé de la paroisse a séduit le gosse, et s’en persuade d’autant plus qu’elle n’aime pas cet homme. Songez donc, lecteur scandalisé, qu’il fume des cigarettes, aime le bon vin et les chansons profanes, et qu’il écrit au stylo à bille, un instrument certainement conçu par Satan et dont elle a interdit l’utilisation dans son établissement !

Dès lors, elle harcèle Flynn, pour le pousser à avouer qu’il a péché avec l’ex-enfant de chœur. Bien entendu, l’homme, qui n’est pas vraiment sous l’autorité de la religieuse, se défend, euh… comme un beau diable (pardon). La terrible directrice demande alors à voir la mère du gosse (Viola Davis), qui, ô surprise ! la prie, et ça tombe bien dans cette ambiance, de laisser faire le père Flynn. Argumentation de la mère : mon fils, effectivement, aime les hommes ; pour ça, il se fait tabasser à la maison par son père, il se faisait tabasser à l’école publique, alors, pour une fois qu’il trouve un homme gentil qui s’intéresse à lui, n’intervenez pas et laissez-le finir son année scolaire. Des mères comme celle-là, on en redemande, pas vrai ?

Pas convaincue de donner le feu vert à Belzébuth, la mégère fort peu apprivoisée fait alors venir le supposé séducteur dans son bureau, pour lui raconter qu’elle a téléphoné à son ancienne paroisse, et qu’elle a trouvé un témoin, une religieuse (encore), qui affirme que Flynn a bien eu « des antécédents » du même ordre auparavant. Dès lors, il a le marché en main : vous démissionnez, ou je déballe tout. Flynn démissionne, ce qui est une façon d’avouer sa culpabilité. Or la directrice avait menti, elle n’avait téléphoné à personne ! Mais, comme elle dit, pour combattre le Mal, « il faut savoir s’éloigner de Dieu » (c’est une pieuse expression pour éviter de dire mentir comme un arracheur de dents).

Flynn est parti, mais son évêque, qui… doute de sa culpabilité, lui a donné une bonne paroisse, et la direction de l’école qui va avec. Quant à la sœur Aloysius, maintenant qu’elle a eu satisfaction, elle a des doutes ! Elle va pouvoir chanter Lo dudo, comme chez Almodóvar.

Publié dans D