L’heure zéro

Publié le par Kinopoivre

Réalisé par Pascal Thomas

Sorti en France le 31 octobre 2007

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Des quatre-vingt romans de détection écrits par Agatha Christie, seuls deux ont été adaptés par un réalisateur français, Pascal Thomas. Et mon petit doigt m’a dit, lecteur cinéphile, que vous avez vu le précédent, intitulé par le plus grand des hasards Mon petit doigt m’a dit. Le titre de celui-ci, L’heure zéro, est explicité dans le premier chapitre du livre, par un vieil avocat en retraite, maître Charles Trevoz (Jacques Sereys) qui argüe que les romans policiers ont le tort de commencer par un meurtre, alors que le crime est au contraire l’aboutissement d’un long processus, où le hasard a aussi sa part. Fine observation, qui va lui coûter cher, ainsi que la suite le prouvera. L’adaptation, elle, est très fidèle au livre. À deux détails près. D’abord, on a un peu bêtement attribué à la vieille dame de l’histoire un goût pour l’opium assez saugrenu, tout comme si, au mépris de la vraisemblance, on attribuait le goût du shit à Doc Gynéco : les grandes dames, chez Agatha Christie, ne se droguent pas (et elles ne disent pas « C’est d’la merde ! », mais on a dû penser que Danielle Darrieux, depuis Persepolis, avait pris goût au langage vert). Ensuite, la vengeance du meurtrier se trouve affadie par la transposition en 2007. L’histoire peut en effet se résumer ainsi : A veut se venger de B en lui collant sur le dos l’assassinat de C, crime dont il se charge mais sans y avoir aucun autre motif. Dans l’Angleterre de 1944, cela valait à B la peine de mort par pendaison ; dans la France de 2007, seulement quelques années de prison, et c’est peu satisfaisant pour une vengeance, compte tenu de la haine ressentie par A, que les amateurs de clichés qualifieraient de « mortelle »…

Tous les détails ont été conservés, y compris une grande part des dialogues, qui viennent tout droit du livre, et le déplacement de l’intrigue de la Grande-Bretagne vers la Bretagne convient parfaitement, quoique je n’ai trouvé aucune vanne à faire là-dessus. Décors et interprétation sont à la hauteur, avec une mention particulière pour Laura Smet, qui joue très bien un rôle pas si simple que cela, comme quoi le talent, au contraire de la pédophilie et des tendances suicidaires, n’est pas une question de gènes. Une seule fausse note, dans la dernière scène de Melvil Poupaud, lorsque son personnage perd les pédales et laisse apparaître sa folie : il grimace alors et se démène comme on le faisait au temps du cinéma muet. À cela, vous avez compris, lecteur futé, que c’est lui l’assassin. En clair, abandonné par sa femme Clara Mastroianni, et quoique cette petite mésaventure arrive aussi à des gens très bien, il a tenté de lui faire endosser par vengeance l’assassinat de Danielle Darrieux. Bien avant cela, aussi actif mais plus vindicatif que notre bien-aimé président, il avait également expédié au pays des chasses éternelles son propre frère encore enfant, puis l’amant de l’infidèle (on le suppose du moins), ainsi qu’un vieil avocat très charmant mais qui en savait trop, par un moyen que je vous recommande vivement si vous voulez hériter plus vite de votre oncle d’Amérique : le vieux monsieur était cardiaque et séjournait au dernier étage d’un hôtel ; il a donc suffi de placer sur la porte de l’ascenseur un écriteau « En panne ». Le vieillard s’est ainsi tapé les six étages à pied, et il en est mort. Vous voyez, aller au cinéma, ça peut toujours servir.

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